Symbolisme dans l’opéra « L’Amour pour Trois Oranges » de Serge Prokofiev et Carlo Gozzi

L’opéra « L’Amour pour Trois Oranges » créé par le compositeur Serge Prokofiev à Paris en 1919.

C’était l’époque d’intenses recherches du compositeur.

L’opéra est écrit sur le livret de Carlo Gozzi, dramaturge italien du Siècle des Lumières. Ses pièces de théâtre émerveillèrent les romantiques allemands, surtout Hoffmann et le philosophe Schopenhauer. Wagner s’inspira de la Femme Serpent pour son premier opéra, Les Fées (1833). Un siècle plus tard, c’est la pièce Turandot qui inspira Puccini.

Gozzi influença tout le théâtre moderne.

Le conte initiatique « L’Amour pour Trois Oranges » fût créé par Gozzi en 1761.

On voit des deux côtés de la scène, deux Tours creuses, et à l’intérieur habitent les dix Ridicules, cinq dans chacune des tours, une présence active qui guide les âmes sur les chemins de la perfection.

Ce sont dix Génies de dix officiers du spectacle, qui symbolisent aussi dix Séphirothes de l’Arbre Kabbalistique.

C’est pour cela que Prokofiev appelle le rideau de l’opéra « le rideau Kabbalistique » et chaque fois que l’action se déplace dans les sphères supérieures, l’auteur indique que « le rideau Kabbalistique se lève ou tombe ».

Par ces remarques, l’auteur veut attirer notre attention sur le fait que cette œuvre symbolique n’est pas un simple divertissement. Le Prologue s’ouvre par la dispute entre différents degrés initiatiques symbolisés par les Tragiques, Comiques, les Lyriques, les Têtes vides et éclairés par dix officiers du miracle - dix Ridicules (« Tchoudaki », ce qui signifie en russe plutôt « celui qui renferme en soi un Miracle – Tchoudo ». Il n’existe pas de mot équivalent en français, pourquoi le compositeur a traduit comme « Ridicules » ) .

Les Ridicules, les Génies , les Prêtres disent que le véritable chemin initiatique – c’est l’Amour, l’AMOUR pour Trois Oranges.

La couleur orange symbolise l’équilibre parfait entre l’Esprit et la Libido. La forme sphérique des oranges symbolise la perfection et la totalité des principes qui sont renfermés dans les Trois Oranges.

En fait, dans les Trois Oranges habitent les Trois Princesses – la Beauté, la Force et la Sagesse. – Comme dans la « Flûte Enchanteuse » de Mozart le chemin initiatique décrit la recherche alchimique d’union de deux Principes opposés et complémentaires dans l’homme – le Prince et la Princesse.

Pour indiquer que le conte est juste un moyen pour transmettre une connaissance initiatique, les auteurs créent les personnages du Jeu de Cartes ( On peut voir aussi les Tarots). Il y a le Roi de Trèfle, le premier ministre habillé en Roi de Pique, un Magicien, un Fou,un Diable etc.

En fait, chaque personnage est une partie du Cosme intérieur.

Tous les personnages sont divisés de deux coté opposés : les personnages noirs et les personnages blancs,protagonistes de la Nuit et protagonistes du Jour, des Ténèbres et de la Lumière.

Les forces des Ténèbres sont protégées par une Sorcière, Fata Morgana. On entend bien dans le nom le mot Fatum, désespoir, fatalité.

C’est la Reine du côté négatif, la Reine de la Nuit. Sa messagère est Smeraldine, une esclave noire. Elle est l’esclave de ses vices.

Les protagonistes du négatif : le Roi de Pique, Léandre et Clarisse symbolisent le monde des profanes qui veulent usurper le pouvoir des initiés.

Le coté blanc, coté positif représenté par le Prince et derrière lui, il y a Trufaldino, un Fou qui fait rire. C’est celui qui a renoncé à la raison réactive pour aller vers l’élévation spirituelle, pour accéder à la connaissance supérieure.

Derrière Trufaldino se tient le Mage Tchélio et sa suite de dix Génies – dix Ridicules pour le monde profane. Le nom de Tchélio en Italien signifie le Ciel, le monde d’Esprit, Yang tandis que Fata Morgana représente la Terre, le monde de la matière, Yin.

L’histoire commence par l’annonce faite que le Prince héritier souffre d’une hypocondrie incurable. Il est malade parce qu’il est nourrit de proses et de poésies extra tragiques que le protagoniste des Ténèbres, Léandre, Roi de Pique, ajoute dans sa soupe et dans son pain car il espère que le Prince mourra de cauchemars hypocondriaques.

Il s’agit là de nourriture spirituelle des programmes du monde des ténèbres qui nous arrive à travers nos yeux et nos oreilles.

Et le secret : dès que le Prince rira, dès que la Joie arrivera dans son cœur, il guérira.

Le poète russe célèbre Alexandre Pouchkine disait que le Génie est l’ami d’un paradoxe et le poète allemand célèbre Goethe présente les Ténèbres comme une partie d’une force que veut toujours le mal mais qui fait toujours le bien.

Ici LES FORCES du bien et du celles du mal sont complémentaires.

Ainsi dans l’opéra, Fata Morgana, sauve le Prince car elle le fait rire en se ridiculisant dans son effort de faire le mal.

Le Prince est guérit de la dépression, mais est condamné par Fata Morgana à l’Amour pour Trois Oranges dans lesquelles il retrouvera l’équilibre de la beauté, de la force et de la sagesse.

Tous les mondes sont à l’intérieur. Et en visitant l’intérieur de notre Terre, dans la caverne de notre conscience, on trouvera la pierre cachée des alchimistes symbolisée dans l’opéra par la Trinité des Oranges.

Le Prince et le Clown guidés dans le désert par l’élément Air, par le Vent que souffle le Diable vers les Vertus des Trois Oranges en espérant que ce sera leur perte. Paradoxe : le Mal qui conduit vers le Bien.

Le Prince doit accomplir un Voyage Initiatique à travers le désert, les dangers, les périls et la mort pour retrouver l’Amour.

Pour cela il doit quitter son Royaume Terrestre, s’élever dans l’Astral, dimension entre Terre et Ciel, pleine du dangers des Mauvais Esprits, mais où la Grâce Divine est déjà présente, enfermée dans les Sphères Oranges.

Les Oranges sont gardées par la sorcière, la terrible Cuisinière de nourriture spirituelle Créonte. Il faut en fait vaincre Créonte qui symbolise la réactivité, notre égoïsme et le mauvais côté de notre mental. Elle est prête à tuer le Prince et Trufaldino, qui sont l’Esprit Chercheur et la Joie, mais la sorcière est endormie par le joli ruban, décoration que certains aiment tant. Le joli ruban hypnotise son esprit et permet au Prince de s’approprier les Trois Points Oranges désirées. Le Prince retourne dans le désert, ou il s’endort. C’est-à-dire qu’une partie de notre conscience s’endort dans le Voyage, ce qui conduit à la mort de deux Princesses qui sont libérés des Oranges par l’impatience et le doute d’un Fou, Trufaldino. Les princesses sont mortes de soif, manquant d’eau, symbole de la Grâce Divine. Ces Princesses s’appellent la Beauté et la Force.

La troisième Princesse sublime, désirée par le Prince, s’appelle la Sagesse Divine, le principe féminin Divin qui apporte la Grâce et la vraie Connaissance. Elle est sauvée par dix Génies– la Force supérieure qui guide le spectacle.

Sans soutien de la Lumière, même la Sagesse mourra dans l’homme.

Les forces des Ténèbres essaient de remplacer la vraie Sagesse, par l’esclave Sméraldine, la fausse connaissance, sagesse profane, sexualité vulgaire. Mais encore, la providence Divine, symbolisée par les dix Génies – Ridicules- et le Vénérable Tchélio fait dissoudre les Ténèbres et apparaître la Lumière.

L’opéra finit par la gloire au Roi, au Prince et à la Princesse, le Triangle équilatérale qui peut s’exprimer comme Corps, Âme et Esprit ou bien Principe Féminin, Principe Masculin et LE SANS FIN réunis

jeudi 23 novembre 2006

Vadim ARTAMONOV
Vadim ARTAMONOV - Ridicule dans "L’Amour pour Trois Orange" à l’Opéra National de Paris
Compositeur Serge Prokofiev
Carlo Gozzi



Publié le 18 juin 2008 par Nouvel Opéra


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